Le jour se leve sur Calcutta.
Les chants de la Mosquee, les cloches des temples hindoues et celles des eglises catholiques diffusent leurs vibrations sur ce monstre urbain de 13 millions d Habitants. Une brume epaisse plonge la ville dans une ambiance surnaturelle. Des centaines de corneilles volent, les chiens aboient, et les premiers klaxons reveillent doucement la ville. Ce matin, nous partons a la rencontre de la ville. Nous avons trouve une guest house sympa sur les toits de la ville pour a peine 200 roupies. Nous y resterons jusqu a notre depart.
Il est 7h00 et a peine sorti, celle que l on appelle la cite de la joie, "Anand Nagar" nous saute a la figure: Beaucoup de gens ont dormi dans la rue cette nuit et sont encore enroules dans leur mince couverture, sous leur bache, a labri. Les premiers leves se rechauffent autour dun feu improvise, d autres travaillent deja et fouillent dans le tas dordure a la recherche de quelque nourriture. Nous continuons la route a travers cet etrange brouillard...de pollution. Et la quelques centaines demetres plus loin, nous croisons en face de l entree de metro un vendeur de cigarette avec qui nous partageons aussitot un the au lait brulant qui rechauffe les corps et delie les langues.
Il nous explique qu il vient de madras et que cela fait maintenant un mois et demi qu il est a calcutta. Pourquoi? parce quil a tout perdu la bas> sale histoire, ruine, plus assez d argent pour nourrir la famille...bref il decide de partir seul ici en esperant gagner assez dargent pour l envoyer a sa famille restee la bas. L Eldorado de Calcutta!!! 4 filles et un seul fils, trois sont deja mariees et la dot de mariage a du peser lourd....trop lourd. Lui aussi dort dans la rue, et nous annonce avec son si grand sourire :" I do a good job now. If You Have any problem, I am always here for you!! My Bed is here, in this street, and you can come at any time" Ca nous touche.
Direction les bords de l Hoogly, un bras du Gange qui coule a Calcutta. Nous arrivons alors dans une cite tres animee, les hommes se lavent dans la rue grace aux bouches dincendies publiques, ya de leau partout, et ca frotte, ca rie, ca pousse, ca savonne!!
Les premiers pousse pousse humains de la journee transportent deja de riches idiennes. Pieds nus, ils pietinnent les paves de Calcutta du matin au soir, avec comme seuls outils leur charette et leurs jambes!! efforts inhumains au milieu des bus et des voitures, ils sont des milliers a arpenter les rues de la cite, pour quelques roupies par jour et a squatter les trottoirs avec leur famille la nuit.
Quelques rues plus loin, voici le grand marche tres anime des bords du fleuve. legumes, fruits, fleurs, poissons, epices, tout y est et la vie eclate et resonne fort.
Nous voici enfin sur les ghats, bondes de gens qui se lavent. La vision est hallucinante, tout est jonche des detritus et les rituels se deroulent dans une eau remplie de dechets qui flottent a lodeur si particuliere...au dessus de nos tetes, des milliers de personnes emjambent le fleuve sur le pont howra, veritable artere de Calcutta. Les feux des corps incineres de la veille brulent encore, les chiens rodent.
Plus loin, nous parvenons dans une espece de bidonville, entre la voie ferre et le fleuve. Ici, ce sont des milliers de baches et de toles qui font office de toit, ya des ordures partout, melees de chevres, de chiens, de vaches et denfants. Ils sont a moitie nus, noirs de crasse et les cheveux ebourrifes> Ils campent a 1metre des voies ferrees. Un train passe a toute allure dans un vacarme assourdissant. Un homme en boule dors sur un enorme tas dordure, comme un chien> vision effroyable. Ici, et comme ailleurs au monde, la misere est presente, mais ici, elle est une masse de plusieurs millions d hommes de femmes et d enfants, elle est concentree, elle est etourdissante. Mais la vie s organise bien, il y a une unite entre ces habitants et la plupart d entre eux gardent le sourire...
Un peu perdus et ne sachant que dire nous retournons dans le marche
Plus tard dans la journee, seance cinema! le dernier film bollywoodien avec a l affiche le grand Big B, la star locale qui joue dans tous les films. Le cinema en Inde est une sacree experience! contrastes avec la realite de dehors. Grosses voitures, argent qui coul a flots, gonzesses provocantes et clips a l americaines. Est ce qu on est bien en Inde la? A la premiere apparition de leur idole qui apparait le cigare a la bouche et les lunettes noires Dior c est l emeute, les gens hurlent de joie, et crient son nom! et a chacune de ses repliques c est reparti !!! et cela pendant 3h...
le retour a la realite est tranchant. Nous sommes epuises, il est l heure de rentrer a notre auberge ou se retrouvent francais, japonais, americains, australiens, anglais autour d une bonne King Ficher. La nuit est tombee. Le ciel est rouge et la brume chargee de souffre se gonfle des effluves des cuisines installees sur les trottoirs.
Notre visa pour la Birmanie est tamponne, nous profitons de ces derniers jours a Calcutta. Demain, lever 5h30, direction le Laughing Club, le club du bon rire, ou se reunissent chaque matin une trentaine de retraites pour leur exercice quotidien: rire a tue tete pour se relaxer et se charger de bonnes energies. ca va pas etre triste.
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